Site officiel de la serie de livres CAIUS ZIP - Le Voyageur du Temps

                  

                                                                             

 

 

 

     

    

 

 

 

 

 

     Einstein , Picasso,Agatha et Chaplin 

 

 

 

                           

 

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   Le vent incessant faisait balancer la plaque pendue au-dessus du  poteau. Son

 hurlement couvert de lamentations traversait les rues vides et obscures sans avoir l’intuition qu’il  etait suivi par les pas solitaires d’un jeune garçon. Dans ce scénario ténébreux, il ne restait plus au voyageur du temps qu’à serrer les mains dans les poches du bermuda... Non sans avoir auparavant enfilé de toutes ses forces le bonnet pour réchauffer les oreilles gelées. Sans savoir où aller... Dans cet endroit étrange, Caius Zip erra sur les rails du chemin de fer qui, enfin, le conduisit à une gare plus en avant. Jusque là le parcours était court, mais le froid du petit matin et la grande faim pénible décourageaient le jeune homme.

         Quelques instants après, arrivant à la gare faiblement illuminée, le vide se fit sentir. La gare remplie d’un silence angoissant le laissait inerte. Soudain, le moment mélancolique fut rompu par le passage d’un chariot poussé par deux chevaux agités qui trottaient sur les parallélépipèdes brisés. Caius soupira soulagé et pensa même à siffler pour attirer l’attention du cocher, mais son indécision lui en fit perdre l’occasion. Agacé, il revint errer dans cette immense gare. Il marcha entre les bancs en fer jusqu’à trouver un lampion allumé, laissé probablement par un signaleur. Il prit l’objet précieux et se mit à chercher des indices du lieu dans lequel il se trouvait.

         Un peu plus en avant, au-dessous d’une grande horloge en bois sculpté, il trouva un tableau noir où étaient indiqués quelques itinéraires de villes françaises. Il y avait aussi écrit Gare Du Nord, et la date de départ des prochains départs et arrivées… Cependant ce qui attira le plus son attention ce fut de savoir que c’était l’année 1905. Ses découvertes l’enthousiasmaient jusqu’à ce qu’un bruit  attira son attention.

       Caius suivit sans cesse le son étrange et traversa même l’autre côté de la ligne de chemin de fer. Là-bas, un train de charge se trouvait à l’arrêt. Le garçon nota tout de suite que les bruits étouffés venaient d’un des wagons vides. Guidé par la curiosité, il s’approcha lentement et sans se gêner, il passa la tête à l’intérieur du wagon, la main en l’air, tenant le lampion… Le temps congela face à cet instant. Les yeux surpris de Caius fixèrent le visage tordu d’un homme complètement pâle et la langue qui tombait de façon effrayante. Lentement, le vieux bonnet usagé de ce personnage presque inanimé se mit à glisser révélant ses cheveux courts et grisonnants. Les yeux au fond noir morbide de mort-vivant se posèrent sur Caius. Ils semblaient implorer un dernier sauvetage… Mais petit à petit ce regard perdit son éclat donnant lieu à un vide profond. Le corps sans forces de cet homme était encore debout, tandis que les bras, qui pendant tout ce  temps étaient restés autour du cou, commençaient à glisser sur la veste déchiré, montrant la présence d’un fil étranglant le pauvre homme ... Une sensation de nausées renversa presque le jeune garçon. Même le lampion balança et c’est alors que la lumière trépidante dénonça une autre figure derrière le corps, tenant le fil qui soutenait le moribond. C’était un homme grand et brun, portant un costume noir, qui en dévisageant le jeune intrus... Les mains assassines lâchèrent leur victime et restèrent courbées prêtes à abattre la nouvelle prise qui se trouvait devant elles. La lèvre supérieure du criminel exhibait des canines ébauchant un sourire de pure cruauté qui le fit être atteint d’une intense décharge d’épouvante. Caius respira à fond, mais l’air se bloqua dans sa gorge sèche. Ses yeux effrayés n’arrivaient pas à dévier du prédateur. Ses jambes tremblantes mirent du temps à obéir à son instinct de survie. Ces misérables secondes  semblaient une éternité pour lui qui implorait déjà une manière de s’échapper. L’homme au regard sauvage fit un pas en direction du jeune terrorisé. C’est à ce moment-là que quelque chose venant de l’intérieur de lui-même donna au jeune garçon les forces de réagir et d’un seul coup, il lança le lampion contre le maudit et s’enfuit à toutes jambes.

Caius courait comme un halluciné dans les rues étroites et glissantes. La peur et les images du crime le poursuivaient. Les fenêtres obscures des bâtiments l’angoissaient. Toutes ces fenêtres refermées sur des gens endormis qui, même pas dans leur rêve, ne pourraient imaginer le drame qu’il était en train de vivre. Il n’osait pas crier. Il avait peur que son persécuteur l’entende et ce pourrait alors être la fin. Courir, toujours courir très loin... C’était tout ce qu’il voulait. Cependant, les lampions éparpillés dans la rue le terrorisaient par leurs jeux de lumières et d’ombres. Son imagination lui faisait croire que chaque ombre volubile pourrait être celle de l’assassin aux aguets.

Les vitrines des magasins semblaient non seulement refléter son visage trempé de sueur, mais aussi ses pensées. A chaque clin d’oeil, les yeux de Caius se concentraient sur les reflets que faisaient émerger les images superposées, prenant la forme d’un tableau. Collages comme le visage contracté de l’étranglé de profil et de face en même temps avec les yeux jaillissants et les dents crénelées... Juste au centre de ce tableau que son esprit créait, il pouvait distinguer la figure de l’assassin aux lèvres exagérément épaisses  et au sourire cannibale. Les globes oculaires du criminel ressortaient en dehors de la cavité et sa face était terriblement étirée. Les mains en forme de griffes tenaient un long fil de la mort. Au fond de cette scène du crime se trouvait le train dépeint comme un dessin d’enfant. En haut, sur le côté gauche, se trouvait l’ébauche faite par les lignes tremblantes de sa mère au visage déformé par les larmes et enfin, sur le coin inférieur, se trouvait le morceau de la toile le plus scabreux... Là, une tombe était perforée par une plaque portant le nom de Caius Zip barbouillé avec du sang. Tout ce drame  gribouillé par son imagination terrorisée le rendait plus confus. A chaque croisement, il ne savait où aller... Comment savoir s’il était dans la bonne direction ? Comment savoir ce qui arriverait s’il allait par ici ou par là... Si ce serait mieux ou pire ? Au cours de sa fuite effrénée, Caius finit par heurter quelqu’un.

- Eh! – réclama l’homme en uniforme – qu’est-ce qui vous arrive, mon garçon ?

- Monsieur le garde, il y a un homme derrière moi. J’ai vu un homme mort.

- Du calme, mon petit, parle lentement. Qu’est-ce que tu dis ?

- Il y a un homme qui veut me tuer. Il a tué un mendiant dans le wagon du train là-bas à la gare.

- Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? – dit le policier, prenant le garçon alarmé par les épaules.

- J’ai vu, j’ai vu ! Il y a un homme mort dans le wagon.

- Mais comment ? La gare est fermée à cette heure-ci. Que faisais-tu là-bas ? Eh, mon garçon, où sont tes parents ? Où habites-tu ? – le policier préoccupé prit Caius par le bras. – Réponds vite !

- Lâchez-moi ! Monsieur le garde, je vous dis la vérité. Allons à la gare pour que je vous montre le corps du mendiant

- Mendiant ? Arrête, mon garçon. Dis-moi où du habites, sinon je t’emmène au commissariat tout de suite.

- Non ! – Caius se libéra du garde et s’enfuit.

            - Reviens, reviens vite ici ! – cria le garde immobile. – C’est pour ton bien.

Caius continua à courir dans les rues inconnues jusqu’à ce que, épuisé, il se cacha dans une petite rue sans issue. Son visage était rouge et il avait du mal à respirer. Il s’installa comme il le pût derrière des poubelles. Bien qu’il essayait de rester vigilant, son corps finit par l’obliger à dormir, fuyant ainsi, même  que pour un court instant, de ce cauchemar.

            Aux premiers coups de pieds, Caius se réveilla.

- Réveille-toi, gamin ! – criait un policier, tandis qu’il continuait à donner de légers coups de pieds dans les jambes du gamin endormi.

– Quoi ! – Caius se frottait les yeux. - Ah non, un autre garde.

- Lève-toi. Je ne vais pas perdre la journée. Sors d’ici ou je te mets en prison.

- Mince, je meurs de faim.

- Alors, gamin, si c’est ça, va à l’asile, c’est là où tu dois aller. Vas-y !

- Asile ? Où ça ?

- Juste au coin de la rue. Vas-t'en vite d’ici, avant que je ne perde patience. - Caius se leva et alla au coin de la rue.  A cette heure du matin, il y avait déjà des gens qui marchaient sur les trottoirs ainsi que des chariots et des charrettes. Il s’aperçut tout de suite que tous ceux qui passaient devant lui le trouvaient bizarre, surtout les femmes aux chapeaux aux bords larges et vêtues de robes longues aux cols boutonnés avec des broches. Définitivement, ses vêtements différentes et sales attiraient l’attention. Tout courbé, fermant au maximum la chemise contre la poitrine, il a essayé d’accélérer le pas.

 Dès qu’il traversa la rue, il alla directement vers un bâtiment où se trouvait une queue de mendiants. En entrant, il est allé jusqu’à un comptoir et prit une des vestes qui y étaient empilées. Bien que le vêtement chaud était trop grand pour lui, il le mit. Pressé, il traversa un couloir et suivit l’odeur d’une soupe qui, à ce stade, lui sembla un véritable festin. Il  s ‘assit un peu éloigné des vieux réunis au bout de la longue table et avala la soupe d’un trait. A la dernière gorgée, il regarda en face et prit peur. A la porte d’entrée, il vit le policier qu’il avait heurté lors de sa course à l’aube. Apeuré, il cacha son visage derrière le col de la veste jusqu’à ce que le policier sorte de la salle. Plus soulagé, il revint chercher un autre plat de soupe.

- Tu es affamé, mon fils. – dit une femme aux cheveux gris attachés, tenant une corbeille de pain. – Tu en veux un morceau ? Il vient  de sortir du four.

            - Oui, merci ! – répondit Caius avec un sourire.

- Je ne t’ai jamais vu ici. – dit la femme, ajustant ses petites lunettes qui insistaient à glisser sur la pointe de son nez. – Comment t’appelles-tu ?

- Mon nom est Caius Zip. Et vous ?

- Je suis madame Dupin. C’est moi qui aide à m’occuper de cet asile avec le pasteur Samuel... Et tu es tout seul ? Et tes parents ?

- Bon, - dit Caius, déviant le regard un instant. – Je, je... Je voyage seul depuis quelques temps, tout seul. Mes parents ne sont plus vivants.

- Pauvre petit. – dit la dame, passant ses doigts sur le visage sale de Caius. – Où habites-tu ?

- Je viens d’arriver ce matin à l’aube et j’ai n’ai pas encore d’endroit où aller.

- A l’aube ! – dit la dame étonnée. – Et qu’as-tu fais jusqu’au lever du soleil?

- J’étais à la gare et... – bien qu’il essayait, l’indécision de Caius l’empêchait de raconter à la vieille attentionnée.

- Allons, mon enfant, qu´est-ce qui c´est passé ? Tu peux me le dire.

- J’ai vu un homme être étranglé. Voilà ce qui c´est passé.

- C’est vrai ? Et tu as vu le visage de l’assassin ?

- Pas très bien. – la veille dévisagea le garçon un moment.

- Oh, mon Dieu, comment ces choses-là peuvent arriver – la dame s’assit à côté de Caius. – Alors c’est bien toi que le policier recherche.

- Policier ?

- Je vais être sincère avec toi, mon fils, il y a quelques minutes un officier était en train de chercher un garçon qui lui a parlé d’un assassinat. Comme il pensait que le garçon n’était pas sain d’esprit, il m’a demandé de l’avertir aussitôt que je le verrais. – la vieille sourit et mit sa main sur le dos du petit apeuré – Mais tu sais quoi ? Je pense que si tu as réellement vu un crime, tu devrais aller au commissariat et raconter tout ce que tu sais.

- Non, non je ne peux pas – dit Caius agité.

- Pourquoi, mon fils ?

- Non, je ne peux pas.

- Mais pourquoi ? – insistait Madame Dupin. – Si tu as peur, je peux t’accompagner.

- Non, laissez tomber. Je suis tout seul, et on ne sait jamais, la police va m’arrêter.

- Tu es sûr ?

- Oui.

- Je crois que tu as raison. Après que tu aies tout raconté, voyant que tu es tout seul, la police pourrait t’envoyer à l’orphelinat... Et je crois que ça ne te plairait pas beaucoup.

- Orphelinat ! – dit Caius haletant. – Non, pas du tout.

- Bien, Caius, puisque tu ne veux pas... As-tu en endroit où rester ?

- Non, je vous ai déjà dit que non.

- Ah oui, tu me l’as déjà dit. Je n’ai pas de mémoire. Bon, tu ne peux pas rester dans la rue. Viens avec moi, mon fils, je vais t’amener à la pension où j’habite.

- Pension ! – dit Caius enthousiaste, mais ensuite se montra préoccupé. – Mais je n’ai pas d’argent.

- Ne t’en fais  pas. Tu peux payer en travaillant. Allons-y ? Tu as l’air d’avoir besoin de te reposer et de prendre un bon bain.

En chemin, Caius et Madame Dupin, qui marchait courbée, passaient par une impasse abandonnée quand la dame s’arrêta un moment tandis que Caius continuait. Quand le garçon se retourna, un homme s’écria.

- Madame Dupin!

La femme, ajustant la ceinture de sa jupe, se retourna rapidement vers un homme grand et blond lui souriant.

- Bonjour Monsieur Duarte. Comment allez-vous ?

- Bien, Madame.

- Belle journée, n’est-ce pas ?

- Oui, Madame, mais que faites-vous dans cette impasse ?

- Comment, qu’est-ce que je fais ? J’amène mon petit ami à notre pension.

            - Ah, un nouveau visage. Enchanté ! – dit l’homme, tirant son chapeau. – Je suis Jean Duarte.

- Mon nom est Caius Zip. – saluant le garçon, levant la main.

- Madame, vous ne devriez pas passer par ici. C’est très dangereux.

- Pas du tout ! – répondit la femme, impatiente. – Dans la journée il n’y a aucun problème et vous savez que par ici on coupe un bon morceau du chemin ...

- Ce n’est pas très prudent pour une femme de prendre ce risque. Si vous me le permettez, je vous accompagnerais.

- Mais vous ne venez pas de là-bas ?

- Oui, mais cela n’a pas d’importance. J’allais juste me promener un peu, tout en cherchant un thème à photographier après. Allons-y ?

- Puisque vous insistez. – dit la dame, regardant Caius.

- J’insiste, Madame. Je tiens à vous accompagner jusque devant la porte.


 

 

 

Tim, Tim, Tim. – sonnait Madame à la petite sonnette du comptoir de la pension.

- J’arrive, j’arrive ! – ronchonna une dame aux cheveux blancs, aux yeux noirs et aux rides intenses sur le front. La femme, marchant à l’aide d’une canne et tenant un immense châle sur ses épaules, descendit les escaliers derrière le comptoir. –Voyons, Madame Dupin! Patientez un peu. Je ne peux pas être partout à la fois, vous savez ?

- Madame Blanche – dit la vieille Dupin. – C’est justement de cela que je suis venue causer avec vous. J’ai amené ce jeune homme pour vous aider dans vos taches.

- Ah, non. – dit la femme apeurée et serrant plus fort son châle sur la poitrine. – Ne me dites pas que c’est l’un de vos mendiants.

- Non, madame, ce garçon n’est pas un des nécessiteux de l’abri.

- Ah, oui ! – dit la dame, méfiante, regardant de haut en bas le petit garçon caché dans la veste immense. – Alors, d’où vient ce jeune homme, hein ? Je ne veux pas d’étranger chez moi.

- Madame, - interrompit l’homme qui accompagnait Madame Dupin. – en quoi cela vous dérange s’il reste ici ? Vous-même venez d’admettre que vous aviez besoin de quelqu’un ! Ce jeune homme est fort et sain. Il peut très bien aider à faire des tâches comme laver les fenêtres, envoyer des messages, faire les courses pour vous... Tout ceci en échange de nourriture et d’une chambre.

- Une chambre, non. Je n’ai que le dépôt dans le grenier. Et il devra faire aussi le ménage dans les chambres.

- C’est déjà très bien. – sourit Madame Dupin. – Il accepte, non ?

- Oui - confirma Caius, fâché. – D’accord.

Une grande dame, aux cheveux cuivrés, surgit de derrière la vieille locataire.

            - Qui est-il ? – s’informa l’étrangère d’une voix forte, regardant Caius fixement.

- Personne, Madame Elpram – se limita Madame Blanche, en montant les escaliers. – Juste une bouche à nourrir.

- Marine, ça tombe bien que vous soyez là – dit Madame Dupin à la grande dame. – Pourriez-vous me rendre un service ?

- Oui, que voulez-vous ?

            - Il faut que je rentre tout de suite à l’asile. Pourriez-vous vous occuper de Caius pendant ce temps ?

- Pas de problème – dit la femme posant sa main lourde sur l’épaule de  Caius. – Pour moi c’est d’accord. C’est toujours agréable de voir une nouvelle tête ici.

- Merci, Marine - dit Dupin allant vers la porte de la rue. – je reviens dès que possible. Occupez-vous bien de lui. – la dame se retourna vers Caius. – Reste ici, mon fils, et ne sors pas. D’accord ?

- Vient – dit Marine à Caius. – Je vais te montrer l’endroit, après ... – la dame s’arrêta un moment  pour observer le garçon. – Nous allons te trouver des vêtements et... – elle commença à flairer quelque chose dans l’air. – Si tu prenais un bain ?  

 

Ce fut seulement après un bain dans une baignoire à l’eau bien froide et quatre heures, affrontant l’excursion détaillée de Madame Marine Elpram, que finalement, Caius réussit à rester seul. Il profita d’une salle vide pour se reposer sur un canapé. Il resta là, pensif, essayant de réfléchir à tout ce qui lui était arrivé, jusqu’au moment où son regard tomba sur un journal jeté sur la petite table devant lui. Caius le prit et commença à feuilleter les pages, avidement, jusqu’à en fixer une.

- Hum! Tu lis la partie policière. – dit une jeune fille rousse, un peu plus âgée que Caius, immobile derrière le canapé. L’inconnue, vêtue d’une jupe et d’une veste grises avec une broche en forme de fleur au col haut d’un chemisier blanc, essaya de lire l’article.

- Quoi ! – dit Caius surpris, fermant la page.

- Eh, du calme – dit la fille, levant les deux mains. – Je ne voulais pas te faire peur. J’étais seulement curieuse. De la manière dont tu lisais, je parie que tu cherchais quelque chose de très spécial.

- J’étais juste en train de lire. – dit Caius, abandonnant le journal. – Je ne faisais que passer le temps.

- Dommage – dit la jeune déconcertée. – Je croyais avoir enfin trouvé quelqu’un pour bavarder dans cet endroit ennuyeux. Malheureusement, les personnes d’ici n’aiment pas trop lire ni causer...Tu aimes les livres policiers ? Par hasard, as-tu déjà lu les aventures de Sherlock Holmes?

- Sherlock! – dit Caius d’un ton gai. – Je le connais bien.

- Tu aimes ? C’est merveilleux !

             - Oui un truc de louche chez ce mec.

     - Comment ?

     - Je pense qu’il est génial.

-                - Ah, d'accord – dit la jeune fille surprise. –  Mais, laissant cela de côté, je ne me suis donc pas trompée. Tu aimes lire le journal pour rechercher des crimes non résolus comme moi, ce n’est pas ça ?

- Non, pas exactement. En réalité, j’étais en train de voir s’il y avait quelque chose sur un homme mort à la gare.

- A la gare ! – la rousse aussitôt intéressée s’installa sur le canapé prés de Caius. – Quand est-ce que c’est arrivé ?

- Aujourd’hui à l’aube.

- Et tu voulais déjà trouver la nouvelle dans le journal ? Ah, c’est impossible. Si ça s’est passé à l’aube, le journal ne va annoncer la nouvelle que vers onze heures du matin.

- Onze heures !

- Bien sûr. Le journal tarde beaucoup ici à Montmartre.

- Mince !

- Mais... Comment était ce crime que tu as vu finalement ?

- Qui dit que j’ai vu le crime ?

- Ça ne peut être que ça. Je n’ai pas vu Madame Elpram faire des commentaires sur un crime et tu peux le croire, si elle ne l’a pas raconté, alors personne ne sait rien. Elle est la plus grande “informatrice” de la région. De plus, de la manière dont tu étais en train de feuilleter ce journal...Ça cache quelque chose. Tu as une implication personnelle dans le cas.  Et alors, qu’as-tu vu ?

- J’ai vu un homme se faire étrangler.

- Etrangler ! – Mary resta pensive et ensuite poursuivit. – Où ça ?

- A la gare.

- Oui, oui, mais quelle gare ?

- Je crois que c’était... Ah, oui, Gare du Nord.

- Hum, c’est l’une des plus grandes gares d’ici de Paris. Et qu’as-tu vu en réalité?

- J’ai vu un mendiant se faire étrangler par un homme.

- Tu as vu le visage de l’assassin ?

- Oui et non. Il y avait peu de lumière, tu sais. Il était grand, brun... Il portait un costume noir... Ça s’est passé très rapidement. Et moi... Je ne m’attendais pas... Je me souviens bien du regard... Il était très froid... Très froid, mais il paraissait à la fois si effrayant.

- Bien, rien d’étonnant. Certainement, l’homme ne s’attendait pas à être vu par quelqu’un.  – dit la fille en riant, mais ensuite parut intriguée. – D’ailleurs, que faisais-tu à la gare à cette heure-là ?

- Moi ? Je marchais près des rails et c’est alors que j’ai vu la gare. Je viens d’arriver ici dans cette ville.

- Tout seul ?

- Oui ! Et alors. – essaya-t-il de dire en déviant la conversation. La curieuse, voyant que Caius se sentait gêné, changea de sujet.

- Et quoi de plus ? Comment était l’assassin ? Il était très grand ? Il portait une cicatrice...

- Non, non, il était normal... C’est-à-dire... – corrigea Caius voyant la fille retenant son rire. – Si je me souviens bien, il n’avait rien qui attire l’attention.  

- Sinon que c’était un homme avec les mains occupées à étrangler quelqu’un. - Caius, gêné, restait tranquille. La rousse en profita pour poursuivre son interrogatoire. – Et qu’est-il s’est passé de plus ?

- Ah, je suis resté là immobile, mais après avoir vu l’homme s’avancer, voulant m’attraper, je lui ai lancé le lampion à la figure et je me suis enfui.

- Et tu es sûr que le mendiant est mort ?

- Il est mort, oui, devant moi. L’homme en noir l’étranglait avec un fil jusqu’à ce que la langue du mendiant sorte totalement de sa bouche et que son visage devienne tout blanc... Sa bouche était violette comme...  Comme ce tissu là – dit-il affligé, montrant une serviette de table brodée sur une petite table haute avec une bible ouverte sur un support en bois. – Son regard... Son regard implorait mon aide et je n’ai pu rien faire. Je n’avais jamais pensé que j’aurais pu me sentir si inutile. Mais que pouvais-je faire ? Mince alors!

- Et tu as déjà raconté cela à la police ?

- Non, non...

- Comment non ? – reprocha la jeune. – Tu es un témoin oculaire et...

- Voyons, pourquoi ? – s’irrita le garçon en se levant du canapé. - Je... Je vis tout seul... Je viens d’arriver et... Je ne connais personne. Et la police va m’amener dans un orphelinat. Je ne veux pas avoir affaire avec la police.

- Oui, oui, je comprends. – la rousse resta pensive un instant et poursuivit. – Bon, attendons. Si tout cela s’est passé à l’aube à la gare, il y aura quelque chose dans les journaux demain.

- Mais c’est arrivé. C’est la vérité !

- Je ne doute pas de toi. De la façon dont tu lisais le journal ... De la manière dont tu as raconté comme si tu revoyais tout de nouveau... On sent que tu n’as rien inventé ni exagéré ... Tu ne sembles pas être le genre qui raconte les choses seulement pour impressionner une fille. – dit-elle en plaisantant. – Attends, tu verras ! Demain il y aura quelque chose dans les journaux, même si c’est la routine. – elle sourit et son regard rendit Caius plus confiant. Tous les deux reprenaient la conversation quand Madame Blanche apparut devant eux.

- Ah, tu es la mon petit. – dit-elle de façon si rude que Caius se leva du canapé. – J’ai apporté une liste des choses que  je veux que tu fasses ici à la pension. J’espère que tu n’es pas du genre  mou. Je t’avertis tout de suite qu’avec moi ça ne marche pas.

Caius prit la liste et fut étourdi par la quantité de taches.

- Allons-y, jeune, je t’ai laissé assez reposer. – dit la propriétaire, poussant le garçon avec sa canne. – Au travail.

- Eh, attends. – demanda la rousse au jeune homme. – Tu ne m’as pas dit comment tu t’appelles.

- Caius Zip. – répondit Caius déjà hors de la salle. – Et toi ?

- Mary. – s’empressa la fille. - Mary Miller.

 - Gamin – dit la propriétaire devant la réception. – Reste ici et attends-moi, je reviens tout de suite. – la femme monta les escaliers.

Tandis qu’il attendait, Caius resta près de la fenêtre, observant le mouvement de la rue. A un certain moment, un homme aux cheveux châtains courts et dépeignés avec une moustache surgit, vêtu d’un costume et gilet à carreaux. L’homme, portant une valise, entra dans la pension, saluant une jeune fille qui sortait de l’enceinte. Caius observa les pieds de cet étrange individu  aux cheveux décoiffés qui avait des chaussures en cuir sans chaussettes et dont le pantalon du costume était froissé. Ce qui était plus particulier encore était son comportement, car il regardait partout autour de lui et touchait les objets avec une curiosité spontanée enfantine. Il avait l’impression d’être devant quelqu’un qui visitait l’endroit pour la première fois. Non. C’était plus que cela. La sensation était que l’homme non seulement ne faisait pas partie de cet endroit, mais plutôt comme s’il errait en dehors de son monde, en dehors de son temps.

- Cette valise est à vous, monsieur? – demanda madame Elpram, en descendant les escaliers.

- Oui, oui – confirma l’inconnu, revenant près de la valise. – Je voudrais louer une chambre.

- Bien sûr – Marine regarda la valise usée avec une petite corde attachée à l’anse. – Et combien de temps comptez-vous  rester ?

- Je pense qu’une semaine maximum.

- C’est 15 francs avec petit déjeuner et déjeuner, à payer d’avance.

- Cela suffira ? – L’étranger tira de sa poche quelques billets enveloppés et les étala au-dessus du comptoir.  

- Des Marcs allemands !

- Je n’ai pas encore eu le temps de changer l’argent.

- C’est bizarre – poursuivit la Marine très rusée. – vous ne ressemblez pas à un allemand.

- Je suis allemand, ou plutôt, je suis suisse.

- Comment ? – l’aide parut intriguée.

- Il vaut mieux expliquer : Je suis né à Ulm, Allemagne, mais je me suis naturalisé suisse.

- Alors, il y a peu de temps que vous vous êtes naturalisé, non ?

            - Peu de temps, longtemps. C’est relatif

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Lis un autre  passage :

le dialogue entre Caius, Einstein, Picasso, Agatha, le poète André Salmon 

et la protectrice du débutant Picasso, Getrude Stein 

sur la théorie de la relativité  

               

 

 

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