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Relativité

Comment
explique-t-on cette théorie ?
Résponse:
un passage du livre:
Caius
Zip dans:
Einstein, Picasso, Agatha et
Chaplin
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-
Lequel d’entre nous est un voyageur du temps ? – dit de façon
inattendue Albert.
-
Quoi ? – murmura André, se servant une bouteille de vin au-dessus de
la table. Caius, les yeux écarquillés, se retourna vers le
suisse-allemand – De quoi parles-tu, mon gars ?
-
Le temps. Que savons-nous du temps ? – insista le scientifique debout,
passant près de la fenêtre. Caius resta calme. Cette conversation
faisait battre fort son coeur. – Le temps passe par nous ou nous par
lui ?
-
Voyageur du temps, j’aime cette idée –s’anima Pablo.
Caius
continua tendu.
–
Je sais – répondit Gertrude. – Le temps est comme un fleuve et nous
entraîne dans ses eaux.
-
Le temps passe, professeur. – rajouta André, allumant un cigare. –
Pour moi il passe très lentement pendant la journée et très vite la
nuit, et quand nous nous regardons dans le miroir, nous voyons qu’il
nous a emporté notre jeunesse.
Albert
resta silencieux jusqu’à noter que la jeune fille rousse assise à côté
de Caius leva le bras timidement.
-
Oui, - sourit Albert. – Que veux-tu ?
-
Nous passons par le temps. Nous tous sommes des voyageurs du temps, non? – répondit la fille.
- Et pourquoi crois-tu cela ?
-
Par ce que je vois, sans le temps nous ne pourrions pas nous bouger et
aller nulle part.
-
Humm, une réponse simple, mais précise – loua Albert. – Dans un
certain sens, nous sommes tous des voyageurs du temps. Nous voyageons
vers l’avenir, mais pour chacun de nous il passe de façon différente.
C’était exactement là que je voulais arriver. - Caius respira à
fond, sans se soucier, tandis que le professeur continuait. – En réalité,
ce que nous entendons par le temps
n’est rien de plus qu’une dimension. Avez-vous déjà entendu parler
du livre “La Machine du Temps” ?
- Je l’ai déjà lu – dit Caius, prenant un fruit dans le panier.
– C’est le livre de H. G. Wells
-
Ah
! Je connais... – interrompit Maurice, acceptant un verre offert par
Pablo. – Il donne une très bonne idée sur le temps. Dans ce
livre, le voyageur du temps demande à des amis : est-ce qu’un cube
instantané peut exister ?
-
Comment un cube instantané ? – questionna Pablo, passant la bouteille
sur le front.
-
Aucun des amis du voyageur ne comprit non plus. – continua Maurice,
prenant un verre de vin. – Alors, le voyageur répondit par une autre
question : est-ce qu’un cube qui ne dure aucun instant, peut avoir une
existence ?
Les
personnes dans la salle réfléchissaient, se regardant les unes les
autres. André, après avoir pris ses lunettes sur la petite table à côté,
resta debout prenant des notes sur un petit bloc. Maurice revint sur la
conversation.
-
Durant l’histoire, le voyageur donne la réponse : il ne suffit pas
que le cube ait une largeur, une hauteur et une longueur. Le cube ne va
exister que s’il y a une quatrième dimension : le temps. Sinon, comme
la jeune fille elle-même l’a dit ici, comment pourrions-nous nous
mouvementer dans l’espace ? Nous devons savoir QUAND ce cube a existé
ou existe ou existera.
- Mais le temps n’est pas une dimension ? – discorda Dur,
s’asseyant à côté de Gertrude. – Comment ça ?
-
Calme, Dur – interrompit Gertrude, posant sa main sur l’épaule du
jeune homme agité. – Je crois que j’ai compris ce que Maurice
voulait dire. Voyons, si je t’invite à une fête cela sera-t-il
suffisant pour que tu saches que ce sera au coins de la rue Fleurus et
de la rue Guynemer au 2ème étage ?
-
Bien sûr que non – répondit le cousin de l’écrivaine, hochant la
tête. – Quelle question.
-
Pourquoi ?
-
Comment pourquoi. – rit Dur, regardant le reste du groupe
- Tu n’as pas dit à quelle heure.
-
Donc, en plus de dire la position dans l’espace, c’est-à-dire, où
se passera la fête, il fut que je dise QUAND elle se passera.
-
C’est cela – revint Albert, laissant renverser par terre un peu de
vin du verre posé sur la petite table. – Les deux premières
informations indiquent où aller, la position sur la surface de la
Terre, et la troisième information, l’étage, indique à quelle
hauteur du devras monter, plus l’heure informe quand tu devras y être.
Trois coordonnées en rapport avec l’espace et une autre en rapport
avec le temps. Quatre coordonnées, quatre dimensions.
- Cube instantané – Pablo resta pensif, prenant sur un cahier.
-
Cette idée est inspiratrice – dit Maurice qui se mit à marcher
dans la petite salle. – Et si le temps peut être considéré comme
une quatrième dimension, Wells avait donc raison de considérer
l’existence d’un nouveau concept appelé d’espace-temps dans le
livre ?
-
C’est génial – s’enthousiasma le peintre qui gribouillait un
grand cube dans le cahier. – Cela veut dire que si nous avons une
quatrième dimension…Cela m’ouvre de nouvelles perspectives.
J’aime ça!
-
C’est quelque chose, comme tu sais, Pablo, – il se retourna vers
Maurice. – Cela m’a toujours préoccupé. Cette étude faite par les
peintres classiques est une illusion d’optique.
-
Le motif pour que nous ayons trois dimensions d’espace et une
dimension de temps, ou mieux, d’espace-temps, peut se trouver dans la
manière dont fonctionne la gravité. – raisonnait Albert
tout en prenant une pipe dans la poche de son costume et la préparait
à l’allumer.
-
Comment cela? – s’intéressa Caius.
-
Une des bases de la Théorie de Poincaré est le fait que la gravité
peut affecter le temps.
Le
groupe resta silencieux. Ils paraissaient étourdis avec ce ‘voyage’
du physicien qui, laissant la pipe au coin de la bouche, s’approcha du
lit et l’arrangea jusqu’à ce que le drap soit bien étiré.
-
Temps et espace ne sont pas des choses statiques. Le temps et l’espace
sont relatifs.
-
Comment l’espace est-il relatif ? – interrogea Dur.
-
Poincaré – dit le scientifique. – imagina une fois l’expérience
suivante : Suppose que pendant que tu dors, tout l’univers, toi, le
lit.... Absolument tout ait augmenté mille fois. Lorsque finalement tu
te réveillerais, tu sentirais une différence quelconque ?
-
Bien sûr que non. – s’irrita le gamin.
-
Pour quoi, non ?
-
Je ne pourrais pas le savoir.
-
Tu n’aurais pas comment comparer. Cela n’aurait pas de sens de dire
que l’Univers est plus grand parce qu’on ne pourrait pas comparer
avec quelque chose de plus petit. Alors, le concept de dimension aussi
est un concept relatif.
-
D’accord, j’ai compris, mais en ce qui concerne le temps ?
-
Le temps est dynamique. – poursuivit le suisse-allemand, se servant un
autre verre. – Tout est en flux perpétuel.
-
Quoi ?
-
Personne ne peut entrer deux fois dans le même fleuve – déclara
Caius. – Les eaux d’hier ne sont pas les mêmes que celles
d’aujourd’hui. De nouvelles eaux sont toujours en train de s'écouler.
-
C’est exact – concorda Albert, en se tournant vers l’élève
prometteur– C’est intéressant, tu connais Héraclite ?
-
Oui, je l’ai bien connu. – répondit Caius, tout enjoué. – Il
m’a donné de très bons conseils.
-
C’est vrai ? – sourit le professeur. – Moi aussi j’aime ses
concepts. J’ai l’habitude de le porter sous le bras quand je me
rends au travail.
-
Qui est cet Héraclite ? – murmura Maurice à Gertrude.
-
Ce fut un grand philosophe grec.
-
Ah, bon? Et quand est-ce qu’il est mort ?
-
Il y a à peu près deux mille cinq cent ans.
-
Ah! – s’étonna le mathématicien de la réponse de l’écrivaine
qui le regardait d’un œil plaisantin.
-
De toutes façons – continua Albert. – C’est comme ça. Comme le
fleuve est le temps et l’espace. Tout flue, rien ne s’arrête. Le
temps, en plus de s'écouler, est relatif.
-
Comment cela ? – demanda Mary intriguée. – Je n’ai pas encore
compris.
-
Je veux dire que le temps n’est pas le même partout.
-
Mais cela n’est pas possible! – divergea le mathématicien français.
– D’après la Théorie de Newton, le temps est absolu, il flue et il
ne dépend pas d’horloges.
-
Mon cher ami, - dit le professeur, laissant de côté la pipe sur la
table. – malgré tout
le respect pour le travail de cet ancien scientifique, nous ne pouvons
pas travailler avec des concepts du XVIIème siècle et si nous avons
maintenant les moyens de faire de nouvelles expériences nous pouvons
alors reformuler la vieille physique. Et l’une des expériences que
nous pouvons faire, c’est mettre une horloge près de l’Equateur
et une autre à l’un des deux Pôles et tu verras que l’horloge
qui est plus proche du centre va marcher plus lentement que celle qui
est placée à l’une des extrémités de la planète.
-
Pourquoi cela se passe-t-il ainsi ? – questionna Caius.
-
De la même façon qu’un disque s’use plus au centre que sur les
bords. La gravité. La gravité affecte le temps. – finit Albert
retournant vers le lit.
-
Pourquoi diable tu arranges le lit, Albert? – demanda Pablo.
-
Imaginez, pour un instant, que ce lit bien étiré, au moins j’ai bien
essayé, serait immense.
–
Oui, j’ai déjà plusieurs fois imaginé ça... – s’amusait Pablo.
- Bien - Albert alla jusqu’au panier et retira la pastèque et revint
près du lit. – Maintenant, dis-moi : qu’est-ce qui va se passer si
je jette cette pastèque sur le lit?
Le
professeur jeta la pastèque sous les regards des autres amusés par la
situation.
-
Le drap s’est enfoncé – rit Mary. – Belle manière de défaire le
lit.
-
Ou mieux, ma belle jeune fille, le tissu s’est courbé. Et que se
passe-t-il si je jette ce citron ?
-
Il courbera aussi le drap, mais très peu. – répondit Maurice, se
rapprochant de Gertrude. – Où veux-tu arriver ?
-
Et si je pousse le citron près d’où se trouve la pastèque ? – dit
Albert, en souriant, tandis qu’il poussait le fruit qui tournoyait
jusqu’à glisser à l’endroit où se trouvait le fruit plus grand.
-
Ils sont restés ensembles – observa Mary.
–
Bien, et alors, Albert? - coupa Pablo, agité. – Dis-le vite. Que
penses- tu faire ? Une nature morte sur le lit ?
-
Très bien. – continua le physicien, ignorant les rires qui se répandaient.
– Maintenant imaginez si ce drap et ce lit étaient transparents.
Quelle impression aurions-nous des deux fruits ?
-
Eh bien, - dit Caius, évitant de rire. – On aura l’impression que
la pastèque a attiré le citron et que c’est pour cela qu’ils sont
de cette manière.
-
C’est bien cela. – approuva le physicien, touchant les deux fruits.
– L’impression que nous avons est que le fruit plus lourd attire le
petit citron. Et voilà, mes amis, je crois que c’est cela qui se
passe dans l’espace. Ce que vous voyez ici est comment fonctionne la
gravité. Le soleil courbe l’espace, de la même façon que la pastèque.
Le pauvre citron serait comme s’il était notre planète, la Terre. Si
la Terre n’avait pas le mouvement de translation, qui est celui qui la
maintient en orbite, elle irait directement vers le Soleil. Celui-ci, étant
donné sa masse, courbe l’espace et la Terre tourne dans cette courbe.
La faute est à cette courbe. C’est elle qui fait que les corps
s’attirent mutuellement. La matière fait toujours l’espace-temps se
courber, dans une plus grande ou plus petite proportion.
-
C’est trop ! – s’enthousiasma Caius, prenant le citron du lit. –
Si, au lieu de faire rouler le citron vers la pastèque, je le passais
près du bord du lit, il arriverait à fuir de la dépression et
continuerait en ligne droite.
-
Cela expliquerait pourquoi les autres astres ne sont pas attirés par le
soleil ! – conclut Maurice. – C’est très intéressant. Comment
personne ne l’a remarqué avant !
Albert
se rapprocha et appuya les deux mains sur le dos du français.
-
Mon ami, lorsqu’un hanneton aveugle marche sur la surface d’une
branche, il ne s’aperçoit pas que le chemin, en réalité, est
courbe. J’ai eu la chance de remarquer ce que le hanneton n’a pas
perçu.
-
C’est vrai, nous sommes comme des hannetons. – riait Caius. – On
ne remarque pas non plus que la Terre tourne, n’est-ce pas?
-
Bien, pas toujours – discorda Albert, prenant la dernière gorgée du
verre de la table. – Pour moi, c’est parfois très facile de voir
tout tourner.
-
Chaque fois plus j’aime cette conception d’espace-temps. –
s’enthousiasma Pablo, agitant les mains en l’air. – Bravo, savant
! Quelle imagination !
-
Je n’ai aucun talent spécial et je possède très peu d’imagination
- contraria le scientifique. – Je suis seulement passionnément
curieux. Ce que vous voyez ici, c’est comment fonctionne la gravité.
Le soleil courbe l’espace, de la même façon que la pastèque.
-
J’aimerais savoir juste une chose – Mary se tourna souriante vers le
suisse-allemand. – que voulais-tu dire par “Les corps s’attiraient
mutuellement” ?

-
La loi de la Gravitation affirme que touts corps relativement proches
s’attirent. Le soleil attire la Terre. La Terre attire une personne.
Et la personne attire la Terre. Mais comprends bien : la gravitation
n’est pas responsable du fait que les personnes se sentent attirées.
– plaisanta le professeur, laissant la curieuse toute rouge.
-
Tu dis que j’attire la Terre? – interrompit André.
-
Bien sûr ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, il existe une
attraction gravitationnelle entre une personne et la planète, même si
nous n’avons pas comment percevoir cette attraction. Tu savais que
cette attraction existe aussi entre toi et le bloc que tu prends ?
-
Bien, avec cela je suis d’accord – dit l’écrivain, souriant,
caressant les feuilles du petit bloc. – Je ne vis pas sans lui. Ici je
garde beaucoup de mes grandes idées.
-
C’est drôle – dit Albert, prenant quelques raisins dans le panier
et les avalant d’un seul coup. – je n’en
ai eu qu’une jusqu’aujourd’hui.
-
Revenant aux fruits... – coupa Maurice. – Si c’est ainsi, si la
gravité est juste un reflet tridimensionnel d’une courbe dans
l’espace à quatre dimensions, le temps étant l’une d’entre
elles, quelle place reste-t-il à la lumière ?
-
Qu’est-ce qu’elle a, la lumière? – interrogea Albert, faisant des
efforts pour garder les yeux ouverts.
-
La lumière subit les effets de cette courbe ? – provoqua le mathématicien.
-
Tu dis que la lumière peut faire une courbe ? – réagit Mary qui se
servait quelques bananes et des pommes.
-
Oui, confirma Albert. Tu as raison. Finalement, la lumière se propage
à travers l’espace et, celui-ci étant courbe, elle doit aussi suivre
la courbe.
-
Je ne crois pas – dit Dur, prenant de la poche du pantalon un mouchoir
pour essuyer la sueur de son front. – Celle-là non !
-
Et pourquoi pas ? – s’énerva Pablo. – Cela est très animé.
-
Maintenant je veux voir – dit le jeune homme incrédule, montrant du
bout du doigt le mouchoir au physicien. – Comment tu vas prouver ça ?
-
Je ne peux pas prouver une définition. Personne ne le peut. Ce que
l’on peut faire c’est montrer qu’elle a un sens.
-
Ça n’a pas de sens. C’est impossible ! – se fâcha l’agacé,
donnant des coups de poings dans l’air.
-
Mon petit Dur, quelque chose est impossible jusqu’à ce que
quelqu’un en doute et finit par prouver le contraire. – sourit
Albert appuyé sur l’épaule de Caius.
-
Je continue à dire que cela n’a pas de sens. Ce n’est pas logique.
- Il n’existe aucun chemin logique pour les découvertes des lois de
l’univers, mon petit. Le seul chemin est l’intuition. J’ai une
question pour toi : Comment travaille un poète ?
-
Comment ça ? – se préoccupa Dur.
-
Je veux dire, comment vient la conception d’un poème ?
-
Je ne sais pas, je sens, seulement. Elle surgit, tout simplement.
-
Mais c’est cela même qui se passe avec un scientifique. – insista
Albert. – Le mécanisme de la découverte n’est pas
logique.... Tu ne vois pas ? C’est une illumination subite,
presque une extase. Il y a une connexion avec l’imagination. Et
l’imagination est plus importante que la connaissance.
- Et quelle imagination –
attisa Caius. – C’en est trop !
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-
Et si l’on allait très vite ? – suggéra Mary.
- J’ai déjà réfléchi à cela – intervint Albert. – Le temps
est plus lent pour quelqu’un qui est en mouvement. Si une personne
voyageait à grande vitesse en portant une horloge, elle verrait que,
par rapport aux horloges de ceux qui étaient immobiles, son horloge
prendrait du retard. La limite de ce retard est atteinte lorsqu’on
atteint la vitesse de la lumière. De là, l’horloge subirait un
retard infini, c’est-à-dire, elle resterait ‘figée’. Même les
battements cardiaques seraient retardés et le métabolisme serait
retardé. La personne vieillirait bien plus lentement. Si nous pouvions
dépasser la vitesse de la lumière, nous pourrions même revenir au
passé, mais cela est impossible. Rien ne peut voyager au-dessus de
cette vitesse. Jamais.
-
Pourquoi n’est-ce pas possible de voyager au-dessus de la vitesse de
la lumière ? – interrogea Mary, déçue.
-
Imagine un homme qui voyage dans un train à une vitesse bien au-dessus
de la lumière. Que se passerait-il s’il essayait d’illuminer le
devant de son wagon avec une lanterne ?
-
La lumière ne pourrait jamais y arriver – réfléchit Gertrude, en se
servant une pomme. – Ce serait comme l’athlète que j’ai vu aux
Olympiades de 1904 à Saint Louis. Il essayait de rendre la torche
olympique à un autre coureur plus rapide que lui et il n’y arrivait
pas... Il n’a pu le faire que lorsque celui qui était devant lui a
ralenti.
-
Oui – dit le physicien satisfait, terminant avec un autre verre de
vin. – Mais tu dois te souvenir que le coureur de devant et celui de
derrière sont la même personne. C’est ça un homme de grande vision :
il regarde devant et il voit sa propre nuque. – Albert agitait les
deux mains tenant les deux dernières tranches de melon. – Donc, je
peux intuitivement déduire que rien ne peut se déplacer plus vite que
la lumière. C’est la loi et c’est tout. C’est la limite de
vitesse de l’univers. La vitesse de la lumière est constante, elle ne
varie aucunement et personne ne pourra la dépasser. Le reste est une
question de relativité.
-
Mais non, Albert! - commenta André, donnant des coups de coude à
Gertrude devant lui. – Tu crois à ça juste parce que tu as trop bu !
Finalement, qu’est-ce que serait la relativité ?
-
Pour moi ? – dit Albert, le visage contenant le rire. –
Lorsqu’un homme s’assied à côté d’une belle fille pendant une
heure, il semble que cela dure une minute, mais lorsqu’il s’assied
sur une grille chaude pendant une minute, il semble que cela a duré
plus que n’importe quelle heure. C’est cela la relativité.
-
C’est la pure vérité. – rit Pablo. – Rien ne me charme plus que
de peindre Fernande. Je ne vois pas l’heure passer. Mais lorsqu’elle
s’échauffe...
-
L’état mental de l’observateur développe une action cruciale dans
la perception du temps. – dit Maurice, observant Albert qui avait du
mal à arriver jusqu’à la chaise à côté de Caius.
-
Donc, il n’y a pas moyen. – interrompit Mary, fâchée.
– c’est fini. Nous ne pouvons pas voyager dans le temps. Cela
mettrait des milliards d’années-lumière, n’est-ce pas ?
-
Pensons d’une autre façon.
-
De quelle façon, Maurice ?
-
Tu te souviens du livre de Wells ? Dans le livre, le voyageur du temps
n’est pas entré dans une machine et a voyagé à une vitesse d’année-lumière.
Il est resté assis, immobile dans la machine, et il a vu le temps
avancer. Cela pourrait effectivement se passer s’il était à la
vitesse de flexion.
-
Vitesse de flexion. – s’intrigua la rousse, les yeux bien ouverts.
– Comment de flexion ?
-
Je vais montrer. – interféra Albert.
– Il y a un papier par là ? – le scientifique vit Mary
qui retournait son sac jusqu’à ce qu’il aperçut un papier plié.
– Ah, ça peut très bien servir, Mademoiselle. – dit-il prenant la
carte des itinéraires des trains. Ensuite, il prit le mégot d’une
cigarette parterre et le plaça sur l’une des extrémités de la
feuille déjà ouverte. – Quelle est la plus petite distance que cette
cigarette navette doit parcourir pour sortir de ce point où elle est
arrêtée pour arriver à l’autre extrémité de cette carte ?
-
La plus petite c’est en traçant une ligne droite – dit Dur,
croisant les bras.
-
Faux. – rit Albert très satisfait du visage fâché du jeune homme.
– La plus petite distance est : pliant la carte ! Je n’ai qu’à
plier pour joindre un point à l’autre. Par hasard, avez-vous noté
que ma navette déjà brûlée n’a pas du tout bougé ?
Que c’est le papier, la carte qui a plié ? Et bien la vitesse
de flexion fonctionne de la
même façon, ‘pliant’ l’espace-temps qui est devant la navette et
ensuite “étirant” de nouveau l’espace, c’est-à-dire, la
navette va d’un point à l’autre sans bouger. Simplement, car elle
est emportée par l’étendue et la contraction de l’espace. Et de
cette façon, je ne vais avoir aucune amende pour le fait d’avoir dépasser
la vitesse de la lumière. Moi je suis immobile ; c’est
l’espace-temps qui s’est courbé.
-
Ah, bien sûr ! Comme si cela était facile ! – se fâcha Dur. – Et
comment penses-tu que tu vas réussir à courber l’espace-temps ? En y
jetant un melon gigantesque ?
-
Amusant, j’ai déjà pensé à cette idée, mais j’ai conclu qu’il
devrait être d’une taille colossale. Et pour transporter ce melon, tu
imagines ? Quelqu’un a-t-il une autre suggestion ?
-
Je désiste – dit le
jeune poète, se frottant le front de ses mains.
–
Non, ne désiste pas. – demanda l’homme de science à genoux. – La
chose plus importante est de ne pas cesser de questionner. La curiosité
a une grande intention d’exister. Toi-même tu dois avoir une raison
pour exister que je méconnais encore...
-
Très bien, monsieur lunatique – se moqua le découragé, dévisageant
le professeur. – Quelle est la suggestion pour résoudre ce petit
problème ? Comment vas-tu plier l’espace ?
-
Rappelle-toi que la matière peut affecter l’espace, mais... – cette
pause fit que Caius ôta ses mains du menton et regarda attentivement le
physicien. – L’énergie aussi peut courber l’espace. Si nous ne
pouvons pas dépasser la vitesse de la lumière, alors...
-
Alors quoi ? – dit Caius.
-
A mesure qu’un objet va atteindre la vitesse proche de la lumière, sa
difficulté à augmenter de vitesse s’accroît. La résistance de
l’objet à l’accélération augmente. Ainsi, l’énergie que
l’objet reçoit pour augmenter la vitesse est, en réalité, en
augmentant sa masse.
-
Si cela était vrai, cela voudrait dire que nous pouvons transformer
l’énergie en masse ? – conclut Maurice.
-
Plus que ça. Nous pouvons aussi convertir une masse microscopique en
une grande énergie. La lumière n’a pas de masse, mais de l’énergie,
en somme : l’énergie est la matière dans la forme libre et la masse
est une autre forme de la matière... C’est l’énergie qui attend
d’être libérée.
-
Imagine – osa Maurice, lâchant la cigarette par terre. – Si c’est
vrai, alors si nous détruisons le noyau d’un atome...
-
Oui, mon ami, détruire le noyau d’un atome donnerait l’origine à
une réaction en chaîne qui résulterait en libération d’une
gigantesque quantité d’énergie atomique...
- Mon Dieu ! – s’effraya André.
-
Mais ne vous en faites pas – dit Albert en levant les mains. – ce
pouvoir n’est pas trouvé dans la nature et n’est pas non plus de la
connaissance des hommes.
-
Ça va être une bombe... Non, deux. – murmura Caius observé que par
Mary.
–
Comment est-on arrivé à cette folie ? – se préoccupa André, se
grattant le front, tandis qu’il regardait le petit bloc.
-
Folie, non. – interrompit Gertrude. – Je dirais créativité. Oh,
homme, fais fonctionner cette tête ! Tu ressembles à un mort-vivant
comme ça.
-
Ah, oui ! Et alors comment vais-je décrire cette histoire d’énergie
se transformer en masse et la masse devenir énergie ?
-
Je t’aide ! – Albert s’approcha de l’écrivain et fit une
annotation sur le bloc de l’écrivain.
-
Diable ! – s’étonna Salmon essayant de déchiffrer. – Qu'est-ce
que c’est?
Les
autres qui étaient déjà saoulés par la discussion surréelle
s’empressèrent de lire l’expression, même Caius qui en la voyant
prit la feuille et la relut, incrédule.
-
Mais qu’es-ce que cela ? – se soulagea André.
-
C’est ma poésie – élucida le scientifique. – l’énergie est égale
à masse multipliée par la vitesse de la lumière au carré. Et comme
toi, mon ami poète, je ne sais pas comment elle est apparue, je l’ai
juste sentie.
-
Comment ce peut-il... - commenta André à Gertrude. – Comment peut-on
résumer une idée totalement révolutionnaire en utilisant seulement
ces trois petites lettres ?
-
Toutes les théories devraient se prêter à une description si simple
que même un enfant pourrait comprendre. – intervint Albert.
-
Mais cela n’est pas si simple. – résista Dur.
-
Ça l’est et ça ne l’est pas ! – Albert se mit à tapoter le dos
du têtu. – Fais les choses le plus simplement possible, cependant ne
te restreins pas aux plus simples.
-
La lumière – Maurice divaguait en contemplant la formule poétique
du professeur. – Elle peut gérer un champ gravitationnel. Alors
imaginez : si la lumière peut gérer un champ gravitationnel, et la
gravité peut affecter le temps, alors la lumière peut affecter le
temps... Maintenant je suis effrayé avec tout ceci... Et si cela était
possible ?
-
Oui, je sais. – sourit Albert fumant sa pipe. – Parfois je pense que
Dieu me fixe certaine pièce. Mais au moins je sais d’une chose.
-
Quoi ? – demanda Caius.
-
Que Dieu ne joue pas aux dés.
-
Tout ça est très bizarre. – interrompit brusquement Dur. –
Avertis-moi quand tu réussiras un de ces voyages. Avec quel homme de
science fou j’ai été me mettre.
-
Folie et imagination vont ensemble – le professeur revint à la table.
– C’est impressionnant où la créativité peut nous amener. Nous
pouvons réaliser les rêves les plus incroyables.
-
Rêver est si bon. – commenta Caius, déjà fatigué, le menton posé
sur les deux mains. – Et dormir est très bon.
-
Rêver est bon, - dit le physicien qui s’approcha de Caius et,
soudain, prit les deux mains du jeune – mais éveiller et atteindre
son rêve est encore mieux – Albert se tourna vers le groupe. – Les
hommes et les femmes qui rêvent éveillés ont été faits pour réaliser
ce que l’on dit impossible.
-
Rêver, Hum! – méprisa le jeune garçon, se mouchant de nouveau le
nez. – Je n’en peux plus de rêver.
-
Quand le canal est ouvert, les eaux de la source fluent, quand un
disciple est prêt, le maître apparaît. – Albert secoua le jeune
homme sans s’arrêter. – Ne te réprimes pas, Pierre Dur, ne te réprimes
pas.
-
Non. – dit le têtu, nettoyant son nez. – Voyons, pourquoi les
physiciens se préoccupent-ils si l’espace est courbe et des voyages
dans le temps qu’ils ne pourront jamais faire ? Tout ceci est une bêtise.
C’est une perte de temps, ça oui.
-
Perte de temps ! – Albert alla au milieu de la salle. – C’est
exactement ce que beaucoup ont dit quand on parlait de machines
volantes. Et regarde Santos
Dumont faisant le tour de la Tour Eiffel avec son
dirigeable... Quand j’avais cinq ans, on m’a offert une
boussole. Dès le premier instant, ce
cadran m’a impressionné... Peu importait si j’allais d’un
côté à l’autre, ce cadran, continuait à pointer la même
direction. Cette expérience me fait croire qu’il devait exister
quelque chose d’occulte derrière les choses. Ce que le personnes
voient depuis toujours ne cause pas ce genre d’impression : les
personnes ne se préoccupent pas de savoir si le soleil va tout brûler
car nous y sommes habitués depuis notre enfance. Les voyages dans le
temps semblent absurdes car nous ne sommes pas habitués à voir des
voyageurs du temps de la même forme que nous voyons des passagers
sortir d’un train. Apprendre sur les voyages dans le temps peut nous
donner d’excellentes idées des choses occultes dans l’univers,
comment il fonctionne et comment il surgi...
Sais-tu quelle est la différence entre un détective et un
scientifique ? Au détective est donné le crime et formulé le problème
: qui a tué ? Le scientifique a besoin, au moins en partie, de
commettre son propre crime, ainsi que de réaliser l’investigation. Et
pour cela, ils doivent monter des théories pour révéler les mystères
de l’univers.
-
Révéler des mystères est mon passe-temps. – s’agita Mary.
-
Si tu as
ce passe-temps, ma chère, tu es déjà sur le bon chemin. – observa
Albert. - Finalement, espace-temps est une forme de pure intuition.
-
Intuition ? - rit Mary.
-
Comme tu y as déjà réfléchis, on peut penser en espace de temps sans
un corps, mais un corps ne peut exister sans espace-temps. Tout ce qui
existe, tout ce que nous observons devient notre connaissance, non ?
Temps et espace sont des concepts que nous avons intuitivement. Ainsi,
tout ce qui existe, toute notre connaissance, est basée sur
l’intuition cosmique.
-
Intuition – résista la rousse. – Je pensais que nous ne pouvions
faire des recherches qu’au travers de l’observation.
-
Non, Mary, l’observation se base sur nos sens qui nous donnent juste
la simple apparence de la réalité. Tu dois te délivrer de la pression
illusoire des sens. L’intuition est notre gare de départ.
L’imagination est notre route qui doit être tracée avec le
raisonnement. Seulement ainsi, toi, moi, nous, tous, réussirons à
arriver à notre destination, la libre connaissance.
-
Alors je dois laisser les pistes de côté ? – frissonna Mary. –
Mais comment seulement l’intuition ?
-
Si tu veux déchiffrer des énigmes, il va falloir apprendre à être
plus osée. – dit Albert en changeant le ton de sa voix. – Allons,
Mary, commence à apprendre à improviser. Fais des choses que personne
n’attend que tu fasses. Ainsi ! – soudain Albert se tourna de dos et
subitement se retourna montrant une langue énorme
dévorant presque l’investigatrice
-
Je
ne vous l’ai pas dit – cria Dur. – Voyez. C’est ou ce n’est
pas la figure d’un homme de science fou ?
La
salle resta en silence.
-
Oui ! J’en ai trop dit. – dit Albert, frappant sa pipe contre la
table et ensuite la poche de son costume. – Rester ici, ne faire que
bavarder, ça ne va pas. Il faut que je note tout ceci avant que
j’oublie toutes ces idées. Ma mémoire n’est pas très bonne pour
l’investigateur que je prétends être.
-
Tiens – André tendit la main. – Garde mes notes. Elles peuvent t’être
utiles.
-
Merci. Après je te les rendrai – Albert rechercha quelque chose. –
Où y a-t-il des feuilles ici ?
-
Tiens ! – dit Mary, un peu tremblante, donnant des feuilles blanches
au physicien. – Vous en voulez d’autres ? – timide, elle se mit à
nettoyer ses mains sales de bananes qu’elle venait de manger.
-
Ah non, ma chère, il y en a assez ici. Maintenant je peux mettre tout
cela dans ma forme poétique. Ça c’est mon passe-temps, mon plaisir,
ma manière de révéler les mystères.
-
Ressentir du plaisir avec les mathématiques, haha haha! – se moqua
Dur. – Quel horreur, hein! Ce que je ressens pour les mathématiques
c’est de la haine. Cela a si peu de sens.
-
Peu de sens ? – s’étonna le physicien, en se grattant le menton.
– Pour moi, les mathématiques sont un instrument très puissant,
c’est le sixième sens des hommes et le septième des femmes... –
conclut-il, caressant le visage encore frémissant de Mary. – Je sens
qu’il faut que je me retire, mais je veux dire qu’aujourd’hui a été
l’un des jours les plus heureux de ma vie. Notre discussion m’a
rappelé de nombreuses conversations que j’avais avec mes bons amis.
Maurice me manque tellement ...
-
Maurice ? – s’inquiéta le mathématicien français de la
coincidence des noms.
-
Oui, Maurice – confirma Albert. – les titulaires étaient moi,
Maurice Solovine et Conrad Habicht, et les membres honoraires étaient
Michele Besso, Marcel Grosman et Paul Habicht. On se réunissait parfois
chez l’un, parfois chez l’autre... Nous n’avions rien à manger si
ce n’était qu’une saucisse et un fruit... Mais nous nous amusions
tellement lors de nos réunions. Moi je jouais même du violon. C’était
la belle époque de l’“Academia Olímpia”. – le nostalgique
souriait des yeux, mais se tourna ensuite vers le groupe et plissa le
front. – J’avais déjà commenté cette histoire ? – Maurice
presque en riant l’admit, hochant la tête. Albert soupira longuement
et se dirigea vers la porte. – A bientôt à tous !
-
Bonne nuit ! – dit le groupe d’une seule voix, tandis que le
physicien sortait sans sentir son laps de temps.
Lis
un passage DU LIVRE
CAIO
ZIP DANS :
EINSTEIN,
PICASSO, CHAPLIN ET AGATHA
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